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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 21:17

Jean-M. Platier

 

 

 

Je revendique

un poème sans fin


 

à Paris,

 le 1er décembre 2008

 

à ma femme

 

Je revendique

Ma naïveté nocturne

Des jours foudroyés

Dans la foudre des jours

Vidés du cœur de la nuit

Privé de l’essence même

Du sens d’être un être humain

Constitué de colère

De joie et de chagrin

 

Je revendique

D’être un peu aimé

Dans cette froideur de la nuit

Brune et figée

Dans ce sommeil de l’ombre

Qui garde et menace

La fureur ignifugée du nombre

 

L’espérance écarlate

Coincée entre la raison

Et les saisons du rouge

Versé dans la crainte de finir seul

 

Absorbé par ces paroles géantes

D’une couleur qui digère mal

Les souffrances imposées

Je revendique tout le bien et le mal

La douceur antonyme et le bruit des fautes

 

Je suis la conscience abattue

Le savoir plein et sachant

La colère qui remonte des origines

Grimpe après tous les miroirs

Aux alouettes grises

La vérité et le mensonge

La caresse et les coups

Qui frappent et ratissent

Toutes les métamorphoses

Qui jubilent qui calculent

Leur hypocrite langueur

 

Qu’ils sont loin les jours gais et las

Les jours attendus avec impatience

Les soirées allumées du soleil du jour

Différent en cela

De l’avenir béant

Les courses contre le temps

Les jeux des vainqueurs insolents

Et les premières danses de l’ultime transe

 

Je ne joue pas la comédie

Il y a longtemps que le théâtre est clos

 

Je dis tout et renverse le jeu

Tout en calmant la tempête

Qui hante et détruit sous les risées

Le contraire de la prospection

Cette négation de la liberté

 

Pourtant qui suis-je pour imposer

Ma vision

Pour dire ce qui sera

Ce qui fut

Et adviendra

Par delà le cycle des saisons

Les ravages à craindre

Les prisons de l’âme

Oui qui

Peut affirmer la sensation des maux

De penser construire

Et bâtir la beauté

Je ne suis un renégat

Pour personne d’autre que les traîtres

Et mes habits hantés

Ne me sied guère

Je n’ai pas endossé

Le nom du mal

Et un costume de première taille

Je théorise en premier lieu

La naissance d’une nouvelle ère

Peut-être est-il trop tôt

Ou bien trop tard

La camisole invisible

Vous entoure

Censée vous protéger

Contre vous-mêmes

Car il fut un temps

Où l’on pouvait rire de tout

Et aujourd’hui le rire est éteint

Ou cartographié

Car le vin est cher

Enfouis les rêves d’absolu

Et mon peuple ne sait plus s’amuser

Je porte le deuil de mes illusions

A la boutonnière

Dans mon illégitimité évidente

Tels des ravages au prix lourd

Des escarmouches faciles

Ces paroles portées

Par la langue de nos pères

Et de nos mères

Appelée à disparaître

Dans une médiocrité ambiante

La lâcheté des pratiques non démocratiques

Je porte la culture française des gens niés

Par trente années de défaites politiques

Programmation du paraître

A des fins peu avouables

Je réfute et condamne la damnation

Des enjeux idéologiques

Et il n’y a plus de terre

Où résister à la fatalité

Peu importe le nombre

Les couleurs

Les vocables énoncés

Ma révolte est constamment à la pointe

Même si elle se trouve peu prononcée

Projetée à la frontière de l’indicible

Qui est de taille

Le temps présent n’existe

Dans la solitude populaire

Pour se lever contre

Dans la division hachée

Revendiquée de la désillusion

Les maladies infantiles rugissent

Et montrent leurs petites dents

Piètres enfants gâtés

Aux sollicitations faciles

Au verbe haut

Et à la main froide

Ils ne font que panser l’ignorance

Permettez-moi de remettre

En l’état la situation conquise

Tel l’ambre empreinte des cadavres immolés

Le couteau du temps efface la parole

Mais jamais les traces permanentes

Dans l’affirmation énoncée Que faire

 

Laisser ces projections

A la disposition du vivant

Signifie la réalité

Concrète du cheminement

Et aucun mais alors aucun

Message ne pourra contrer l’évidence

Le mouvement lancé

A toute vitesse contre

Toujours contre

Car le pouvoir est le mal absolu

Je revendique le droit

D’être libre

De mon temps

De mon amour pour

Lutter contre le temps

Et de partager

La nécessaire nourriture

Qui change et qui grandit

Les instants de bonheur

Qui restitue aussi l’honneur

Dans sa juste dimension

Et rétablit la saveur âpre

De l’amour après le feu

Les cris les coups

Il faut faire face désormais

Car les paroles tues sont vides

Le français est devenu une langue morte

Les idées des conserves périmées

Et la beauté des mots

De la langue notre langue

Est archivée dans les musées

Sous un film de poussière

Qui enterre

Dans une phrase posthume

Les commentaires d’un assassinat

Programmé sous le Troisième Reich

Et mis en scène par Leni Riefenstahl

Dont la partition est jouée depuis trois décennies

Sous nos yeux incrédules

Il n’y a plus de place pour l’attentisme

Pour la compromission

Et les calculs de basse manœuvre

Il faut énoncer les idées simples

De l’injustice

Le constat de l’inégalité

La négation de la liberté

Et surtout l’absence de fraternité

 

Mais je n’ai pas fini l’inventaire

De l’interminable liste des trahisons

Du bon sens

J’empile d’interminables manuscrits

Des professions de foi

Et la voix des combattants

De ceux qui ont toujours perdu

Dans le passage du Guadalquivir

Ou Joël Fieux abattu dans les collines de Managua

Les fusillés du petit jour avec Lorca

Les otages de la raison d’état

Jusqu’à l’auteur du Nixonicide

Abandonné seul à son cœur contre

Le plus fort le plus vil

Celui qui n’a jamais d’état d’âme

Sabre et goupillon de connivence

Je revendique des incendies féériques

De solstices d’été ou d’hiver

Leurs propositions d’infortune

Banal l’étonnement

Banal le silence des hommes

Le fourmillement naturel

L’orchestre secret des insectes et des fleurs

Et le déluge des pollens au printemps

Les fruits les baies les châtaignes offertes

Tout est à nos pieds

Et la brume couvre soudain la plaine

De nos chants sincères sinon talentueux

Alors les femmes étaient comme ces saisons

Changeantes et brutales

Devant l’hésitation juvénile

Suaves et douces dans l’indécision

Sévères et terribles dans la vengeance

Et le massacre des ambitions chétives

J’ignore le poids des années crevées

Je l’ai répété maintes fois

Dans la banale saveur des mots

Qui franchissent le pas

Qui conquièrent les murs

Épais et droits

J’entends et n’oublie pas

C’est la moindre des choses

Pour sortir du moins

Tenter de passer au travers des gouttes

Particule sans nom

Sans nom de l’enfance

Ephémère continuité

Chaque tranche de vie

Se succède à elle-même

Perdant un peu plus

Son innocence désemparée

Mon dieu pourquoi

M’as-tu abandonné

Dans l’Evangile selon Saint Mathieu

Se posent depuis toujours

Les mêmes questions obsédantes

Et l’on ne connaît que trop la réponse

Et les bienfaits de l’ignorance

Je revendique les mots dits crus

Les mots et leur faim qui fait mal

Qui blessent et nettoient toutes

Je dis toutes les plaies

De l’inconscience

Brise l’histoire la littérature des grèves

La poésie des champs de bataille

L’intime sort réservé à nos pères

Et l’air du temps qui a construit

Tous ces murs invisibles

Et pourtant acceptés

Comme un juste retour des choses

Du progrès de la diversité

Cette vacuité qui établit

Les idées à croire

Dans la décadence programmée

De la langue de bois

De la langue de pute

De la langue cicatrice

Equarrie et honteuse

Manipulée circonscrite

Sans saveur ni contenu

Sans rien du tout

Désormais

Il n’y a plus de place au hasard

Dans ces temps incertains

Blessés d’extrême confusion

Et finalement désespérés

On mesure alors à leur juste valeur

Les pertes immenses innombrables

De l’individualité portée en étendard

Leur fadeur triste et anxiogène

Leur nullité fatale

Pourquoi

En sommes-nous arrivés là

Dans le grand retournement

Le bouleversement de l’humanité

Rendue sans grade

Dans la confusion des sentiments

Lorsqu’on nous fait prendre

Des vessies pour des lanternes

Quand la gauche revendique la droite

Quand le fascisme religieux est l’allié objectif

Du progrès de ne plus penser du tout

Aujourd’hui on est libre

Libre de se taire

De subir la loi inique

De l’absence d’avenir commun

De l’accélération de l’espace

La terre est finie dans son ultime acception

 

En repartant à la source

Dans l’affirmation de

Qui je suis

Pour reprendre l’antienne pasolinienne

Il faut reconstruire le projet gramscien

Et repartir comme après chaque génération

La nôtre aphone

La nôtre solitaire

La nôtre abattue faute de combats gagnés

C’est là une évidence

Du complot du silence

Il faut le clamer

Dans le rappel des jours

D’attente sans gloire

Pour qu’on n’oublie pas

Ce qui aurait pu être

Ce savoir élémentaire

Cette poésie nouvelle

Inexplorée je dis inexplorée

 

Je revendique la démesure

Et l’exagération

La folie du désespoir

Et la beauté du réalisme

Car on fait le constat

Que la réalité ne fait plus partie

Du domaine de la vie des arts

Et la littérature

Et le cinéma

Sont complètement vides

Vidés depuis trente ans

De l’expérience humaine

De la réalité populaire

 

Je revendique

De porter mes mots

Au-delà de la passion

 

Je revendique

De dépeindre l’autre face

De l’horizon

 

Je revendique

De boire

Les paroles que j’aime

 

Je revendique

Le plaisir

Pour arrêter le temps

 

Je revendique

Le corps de toutes les femmes

Enceintes de mon regard

 

Je revendique

La soupe

Aux fayots blancs

 

Je revendique

Le sucre et le sel

Ensemble

 

Je revendique

Mes amis

Plus que moi-même

 

Je revendique

Tous les livres tenus

Plus précieux que l’or

 

Je revendique

La poésie

Des jours sales

 

Je revendique

Mes chansons

Ephémères

 

Je revendique

Le soleil dans la nuit

Et le jour de Peter  à toutes heures

 

Je revendique

Mes carences

Leur désastreuse infortune

 

Je revendique

Mes projets immenses

Lancés à chaque coin de rue

 

Je revendique

Ma vie

Comme une offrande à mon lecteur

 

Je revendique

Ma seule liberté

Pour survivre

 

Je revendique

Ma poésie

Riez oui ma poésie

 

Je revendique

Cette épouse indifférente

Qui a honte de moi

 

Je revendique

Quand elle me dit de bon cœur

Que je ne sais rien faire

 

Car chaque jour qui passe

Sans une émotion d’écriture

Sans un opéra de tendresses

Sans un théâtre grandiloquent

Sans une partition

D’opéra frénétique

Ou sans mon film de chaque minute

De chaque instant dépassé par les événements

Ne ressemble à rien

Et me tue m’assassine sûrement

De cette ignorance

Me détruit de ne pas pouvoir accomplir

Dans l’abrutissement de chaque jour

Le dessein secret

Et étrange du héros

D’un voyage par dessus les saisons

Dans le corps profond

Qui supporte

Transporte et puis soupire

Vers une autre contrée

Pleine de sang de veines

Et de conjugaisons muettes

Je suis celui qui n’a besoin

Qu’un peu de traces

Pour laisser deviner le lendemain

Ivre toujours ivre

De prendre de déchirer

De palper le sein de ma main

Pour lever la pâte

Pour lever

Lever toujours lever

Pour ne plus être à l’étroit

Dans le corps de la société

Pour casser les connivences

Casser le sens étroit

Casser les murs et les voix

Qui marmonnent la faillite

La revanche des monstres

Des vilains et des fours crématoires

Telle est ma simple grammaire personnelle

 

Je revendique

Depuis fort longtemps

Le premier et l’unique

La phrase magique

Le moment clé d’une joie

Presque divine

La rencontre de la beauté

Le paysage universel conquis

Ce tableau magistral

Ou ces vers fragiles

Ces magnifiques vers

Qui emmènent

Détruisent et

Dans le même temps

Construisent un nouvel être

Une nouvelle ère

Par des mots jamais portés

L’histoire des histoires

Le nouvel éden terrestre

Je revendique à le croire

Et à porter le fer brûlant

Pour détruire la maladie

Les plaies les plus profondes

En rapport auxquelles le plus vil

Des martyrs n’est qu’une banale esquive

 

Laissez-moi vivre pour une fois

 

Ainsi en va le destin des civilisations

Ecrasées du poids de l’indifférence

Et de la guerre menée de tous

Contre tous les peuples

Par tous les pouvoirs

Une guerre sans nom

Justifiée par les frontières

Les religions ou les nations

D’étranges paradigmes inventés

Créés de toutes pièces par l’homme

Pour détourner son prochain de la vérité

De l’espoir commun

De cette gloire devinée

Innée qui mène au-delà de la raison

Cet écran de vie de couleurs

Ou d’hallucinations d’éternité

 

Je revendique

Le droit nécessaire

D’éclairer la nuit

Où nous nous mouvons

La nuit de la médiocrité

Où notre jeunesse se fond

Dans l’illusion de la marchandise

Des contrats immoraux

Et de l’artifice mondain

Les spasmes venus d’en bas

De la connivence suggérée en permanence

Entre ceux qui jouent de la déchéance

Et qui poursuivent leur but de domination

Et la troupe qui suit infantile

Avec ses uniformes contemporains

De chevelures colorées

Ses trous dans les pantalons identiques

Les chairs transpercées de métal

De tatouages iconoclastes et semblables

Pour toutes ces femmes factices

Aux mêmes schémas obscènes

Niant le corps et l’âme en matière plastique

Conformes à l’air du temps imbécile

Digne d’une République de Salo ubuesque

Et la bourgeoisie rit

De tant de détails secondaires

Et la bourgeoise se pâme

Devant tant de révoltes avortées

Et que tout cela coûte cher

Des journées de labeur

Sans chaleur

Sous rémunérés

Sinon par des appellations correctes

Dans leur accord second

Et que le premier n’est que la corruption

De l’aliénation imbécile

De l’exploitation facile

Pour leur force de reproduction

Et tout le monde le sait

Et tout le monde l’accepte

Et chacun se faufile

Dans la liste des récipiendaires

Pour connaitre l’instant de légende lacrymale

Et entrer dans le royaume

De la valse de l’image

Des pleurs et de l’émotion angélique

La terreur de l’infantilisation

Ce nouvel ordre fasciste contemporain

Négateur des libertés

Qui se résume d’avoir sa photo dans un journal de PQr

dans la rubrique nécrologique ou des accidents de voiture

Ou mieux avec la mention

Vu à la télévision

Je revendique alors

La formule reprise depuis en opuscule

Seule la révolution fait le beau temps

 

Je revendique

L’idée

Que jusqu’alors

Nul n’a trouvé

Le moyen féroce et neuf

Pour renverser le cours des choses

De l’ordre crapule

Nul n’a levé les troupes

Pour renverser le pouvoir

Virtuel qui abandonne la réalité

L’arme précise

L’arme pratique

Qui taillera dans le vif

Alors qu’il suffit de très peu de choses

Pour renverser

L’ordre inique

Ce monstre vil qui est en chacun de nous

 

Je revendique

L’absolu

Je revendique

L’amour

Même si cela peut faire sourire

Je revendique

Le temps clair

De la liberté de l’air

Je revendique le froid

Puissant et lourd

De cet hiver à Kazan

L’arrêt soudain du voyage à l’Est

La neige qui n’arrive pas

Au milieu de décembre

L’enfant qui crie

Qui ne veut jamais dormir

Car il ne faut pas

Il ne faut jamais oublier

Sa propre enfance et ses couleurs

L’attente de ce qu’il advint rarement

Je revendique

Mon choix viril

D’être en vie encore

Malgré les chutes

Que seul je connais

Et que vous ne lirez pas

Car il n’y aura bientôt plus de place

Dans l’enceinte du monde

 

Je revendique

Le soleil

L’eau et le pain

Le sel et la mer

 

Je revendique

Le long territoire

Des saisons de l’enfance

 

Je revendique

Le silence absolu

Les particules de chaque seconde

Mais aujourd’hui tous les symboles

Sont prisonnier de la glace

Pour plusieurs générations

Etanches à la Vie Nouvelle

 

Je revendique un banquet généreux

Car les jours sont trop monotones

Et que chaque jour qui passe

Sans être une fête immense

Est un jour de perdu

Un véritable Enfer

 

Je revendique

La lutte contre la fatalité

La négation de la mort

La fin des monstres religieux

Et même si mon catalogue

Est plutôt long

Je le porte en bandoulière

Sur tous les fronts

Comme j’ai porté durant dix ans mon Stylo

Au musée soviétique de Mockba

Place Loubianka dédié à

Vladimir Vladimirovitch

 

Je revendique

Sans cesse et à corps

Et à cris

L’instant propice

Où tout peut se passer

Où tout peut arriver

La première rencontre

Le premier amour

La fièvre des autres jours

Quand nous pourrons enfin

Etre définitivement heureux

Alors que rien n’est écrit rien n’est dressé

Dans la liste la longue liste

De ce que nous voudrions

Faire comme si demain peut exister

Dans nos pensées

Refaire le tour de rêve

Et revivre l’instantané

Oubliant les chagrins et les peines

Les désastres qui ont ruiné

Notre souffle et brûlé

Nos dernières larmes

 

Je revendique

L’effigie nue

De lendemains plus clairs

De moments plus propices

Dans l’amitié de mes frères d’arme

C’est à ce moment précis

Que les vraies paroles

Transcendent les distances

Entre les hommes

Pour nous réunir

Vraiment

 

Je revendique

Les temps anciens oubliés

Les temps effacés de leur mémoire

Ce temps dont il ne reste rien

Que l’impression des vivants

Les paroles des derniers témoins

Dans leur vibrante mémoire

Mais le passé est définitivement mort

Vibrant entre les ruines d’aujourd’hui

De ce qui fut

De ce qui n’est plus

Mis à part l’instant éphémère

 

Je revendique

Aussi tous les excès

Les cris les fureurs

Les drames et les romans inachevés

Nos nuits d’alcool et nos cigarettes gaspillées

Car il fallait dire

Il nous fallait avouer

Tout ce que nous avions à dire

Car personne ne nous a cru

Ni jamais écouté avant

 

Je revendique

L’anarchie

Des jours désordonnés

Des jours sans gloire

Des jours sans peine

Des jours sans conflits

Ni mauvaise nouvelle

Des jours simples

Qu’il faudrait marquer d’une pierre blanche

 

Je revendique

Le silence me réveille

Loin de la vie facile

Des voyages au lointain

Je revendique

Ma vérité plus vraie que nature

La sobriété avant de se découvrir

Dans une seconde nudité

Je revendique le calme la beauté

Le certain

Je revendique

L’oubli le pardon atroce

Et désormais je tourne

Sept fois la langue

Dedans ma bouche

Je revendique

Les escales le très grand froid

Par moins trente degrés

Pour figer enfin le monde

Mais

Je revendique

Toujours la vie obsédante

La vie qui tourne sans halte

Qui ne peut s’arrêter

Le temps de construire

Le connu et l’inconnu

Je revendique

Le sang

Qui me paralysait

Me vrillait

Le sang bouillant

Plus que la justice

Pour une fois sur terre

Je revendique

Le carnaval des pleutres

Je revendique

Tous les hémisphères

La noblesse de l’art

Notre seule richesse

Car il ne restera rien

Des petites bassesses

Des crétines mesquineries

Rien qu’un souvenir

Pour une ou deux générations

Et puis rien

Que des photos jaunies

Qui se déliteront

Dans le désastre du papier

 

Je revendique

Le droit d’être au monde

Dans son acception hasardeuse

Je revendique

Le merveilleux pouvoir des mains

Je revendique

La connaissance

Le contenu rigide du difficile

L’apprentissage de toute une vie

Par delà les latitudes du rêve

Je revendique

L’immense bonheur d’être né

De ce côté de la terre

Dans le livre mécanique

Des rues de Paris qui défilent

Qui s’ouvrent magiques

Sur des ponts immémoriaux

Fantômes du petit matin

 

Je revendique

Que le silence me réveille

Que ma faim entraine le sommeil

Que mon amour tend

Vers une échelle tellurique

Et que les enfants nés

Ou à naître

Porteront mon idéal

Comme un emblème un féal

Au-delà de tous les siècles

 

Je revendique

Le droit de dire et d’écrire

Même si cela compte pour si peu

Mon refuge

Mon château-fort

Mon île naissante

Ma partition de l’impossible

 

Je revendique

Un poème

Sans fin

 

Je revendique

Toujours et bien que je sois loin

De mes amis mes parents

De mes alliés sur cette terre

Je revendique

Le droit de contester

L’ordre inégal du monde

La terreur faite à tous les faibles

Le malheur fait aux pauvres

L’arrogance des puissants

Le pouvoir fou de l’argent

La supercherie des religions

La folie de la misère

Le crime des banques

Le désastre planétaire

La misère culturelle

Le massacre des innocents

Le scandale de la mort

Je revendique

La mise hors la loi

De la bourgeoisie décadente

L’abolition des drogues médiatiques

Le rétablissement de l’appareil

Du bon docteur Guillotin

Pour les faire revenir à la réalité sur terre

Pour les voir cracher au bassinet

Je revendique

Le temps revenu de la guerre populaire

Des croisades contre la faim

L’Europe peut devenir le chant

De la liberté sur terre

Et la France de nouveau

La nation de toutes les révolutions

Je revendique

Le droit de la reconquête

Le temps de la mobilisation

 

Je revendique

Le rêve

La liberté

La conscription générale

La poésie au service de l’universel

L’avenir déclaré ouvert

A tous les amants sans lendemain

 

Je revendique

Un poème sans fin

Qui ne peut avoir jamais de fin

Un poème sans gloire

Un poème d’airain

Un poème finalement très humain

Malgré le complot du silence

 

Demain

Je revendique

La seule révolution

Qui reste à inventer

Celle d’un poème

Qui ne peut avoir

De fin

 

Un long

Poème

Sans fin

 

 

à Kazan, Russie,

les 25 / 30 décembre 2008

le 5 janvier 2009

 

 

Ce texte constitue la deuxième partie du livre La première couleur quand on vient au monde est le rouge, publié par les éditions Le bruit des autres, en mars 2011. Disponible chez l’éditeur : "le bruit des autres" <lebruitdesautres@orange.fr>, et dans toutes les bonnes librairies…

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