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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 11:22

 

Puisqu'il faut commencer par le commencement

les premiers souvenirs d'un pays lointain

comme perdu dans une part de mémoire

lorsque la nuit tendait ses bras

pluvieuse et mordue

par les intervalles des lampadaires

son goût sensuel avalait tous les paysages

dont les architectures disparaissaient au goût de langues silencieuses

 

Que peuvent les mots

les développements et démonstrations

que peut-on faire pour vous

pour vous élever au vivre

et ne pas redouter à marcher sur les mains

 

Quel sens quel parti pris

offrir à ceux qui ne veulent ouvrir les yeux

 

Que sont les pourritures du présent

car rien ne dure plus d'un instant

aujourd'hui la réalité interprétative est éphémère

dans une intranquillité des jours tendus à l'extrême

plus rien ne bruit hormis dans les caves

où l'on réinvente des jacqueries modernes

 

Jamais

jamais la théorie esthétique ne s'est rendue

 

Jamais aucune flèche n'éteindra une étoile

 

La théorie esthétique rassemble peu à peu ses projets

car chacun construit ses défaillances avec des compromis au corps de vent

dans le strict respect d'un présent anodin

sirupeux et stérile

 

La société quadrillée est devenue aphone

et singulièrement destructrice

 

L'avenir n'appartient à personne

comme personne ne connaît mes rêves

rêver à cet avenir calme lumineux d'un bonheur désiré

toujours le même désir d'une forme alternative au langage

 

L'avenir n'a plus d'écho en l'étrange demeure

à terme

bonheur

qui n'entend plus

le fil confit

d'une guerre

perdue

une guerre finie

non déclarée

 


Déclarez la nouvelle guerre

 

Déclarez avec discernement les limites de l'impossible

rouvrir la porte

pour frapper l'ennemie

qui ne nous porte pas en son cœur

sabrez les étamines

colmatez les fissures de l'âme

et rompez le pain pendant qu'il est encore chaud

volez les brindilles pinceaux sur le sable

le moindre coup de vent refera la copie

prenez le temps pendant qu'il est encore vivant

et brisez les mensonges

nous ne sommes pas à confesse

serrez les bras écrasez les ombres

balayez mesdames

devant votre porte

n'oubliez pas les meurtres du monde

ils sont inscrits dans les rides de vos saisons

vous n'êtes pas seule à comprendre

car nous sommes tous

à l'identique

faits de la même chair

et des mêmes sensations

nous sommes ce que nous sommes

nous sommes

des hommes

non achevés

en partage

accrochés à la remorque du temps

 

Il nous a craché en plein visage

 

Les doigts se promènent dans la moiteur de mes nuits mortes

à la lumière du tout prochain jour

en franchissant les frontières symboliques

à la limite du port

plus personne ne m'a parlé dans les rues du matin

car nul ne peut lire les traces chinoises

converti à la saison muette

quand les bordels sont éteints

et que les façades des immeubles haussmanniens renvoient

une ombre géante

aucun des murs ne se souviendra de la trace

 

La vie se partage

les moments hésitent

le souffle se tarit

mais il n'existe aucun point à la volonté du survivre

on pense s'éteindre dans la monotonie des jours francs

et l'hérésie hante chaque instant

chaque minute chaque heure lente de chaque jour

 

Chaque heure est un film en devenir

car le présent ne peut exister

ne dure qu'un éphémère point souligné par le temps

le passé est réinventé

comme dans un conte

seul l'avenir immédiat se profile

s'annonce en une publicité d'espérance

 

Le présent n'existe pas

il se meurt dès que l'on prononce son nom

il se résume à l'épaisseur d'une feuille de papier

le présent se meurt

il gît sacrifié sur une pierre verticale

dans une épitaphe de sang

 

La vie se limite à une histoire

que l'on se rapporte indéfiniment

cherchant le sens

à qui donner

que l'on réécrit éternellement

selon la mesure du temps

 

La vie est une chimère écarlate

où nul ridicule n'a réussi à tuer

les personnes que nous fûmes

seul un et indivisible

et si nombreux dans le même temps

unique et multiple

pris en tranches deux par deux

 

Seul le visage en garde

les marques dans les rumeurs

des cicatrices

 

Si la vie est incertaine

comme une surprise surexposée

si le doute investit le présent

dans une geste malheureuse

et d'expériences triées sur le volet

si on ne sait jamais le pourquoi du comment

d'un immédiat de paroles hachées inexpliquées

les silences dessinent toujours le lendemain

quand le passé se réinvente

une fois à peine énoncé

si le sens fait défaut

se promène au cœur de chaque chose

l'obligation de se concentrer

d'observer chaque attitude chaque phrase

élève l'esthétique

au plus haut degré

rompt la déferlante de la répétition

écrase la monotonie des heures gâchées

et construit le miracle d'élégances nouvelles

la palmeraie des idées

 

en un seul mot

 

en définition

 

la beauté

 


Et la parabole des cimetières

seule issue connue et seule certitude

maîtrisée dont l'issue ne laisse aucun doute

certitude de l'incertain

à quelle heure il faudra mourir

libre

 

La fureur des temps imprécis

impatients

bousculent les prémices de la première réponse donnée

réfléchir prendre la pose

éliminer les scories des temps morts

avaler toutes les couleuvres possibles et imaginables

dans la pré-science des devenirs

multiples éclairés

 

Devant la ruine des présents apoétiques

revient l'ère de la mystification du rite

où l'on verra la poétique renaître de ses cendres froides

et fluides

il n'y a plus rien à attendre

plus rien à dire à espérer

 

La réinvention de la poésie comblera les ruines

poussera la vie au cœur de ses tourments

et il nous faudra bien apporter les réponses

dire les choses les plus mûres

pour désenfouir les survivants

pour que la lumière réveille les yeux

à naître

 

J'oublie les vacarmes et la course folle

les obstacles sont à l'image construits de rien

quand il faudrait enfin pouvoir dormir

serrant le corps de l'oreiller et

rêver au rêve étrange de la réalité qui a changé ses vieux habits

 

C'est à ce moment sublime aussi que le rêve devient la réalité

mais je ne demeure pas le maître de mes nuits

 


Et si la vie s'enchaîne

marque le pas

qu'avons-nous fait de nos vingt ans et de nos espoirs

fous nous ne voyions pas la réalité et portions nos rêves

comme une balafre transparente

le dépôt de bilan n'est plus empreint d'une rancune

que l'on se porte

alors que nous sommes si nombreux

à s'asseoir sur les marches

à regarder la paume de nos mains

sans cales

nous voulions transporter le monde

nous voulions l'amour

l'amitié et les joies d'une vie heureuse

nous n'avons rien eu que les souffrances de l'attente

nous n'avons rien tout est parti

nous n'avons rien su retenir

et avons quitté le combat par la petite porte

la lâcheté nous achève peu à peu

parce que nous savons que le courage et la ténacité

sont les uniques marques des vertueux

sabordés saboteurs piégés à nos propres mensonges

nous avons refusé la vérité d'être nous

nous-mêmes malgré eux malgré nous

notre pire ennemi

 

Mais le pire est à venir

quand les larmes mélangées à la saveur du sang

nous retrouveront

surpris et toujours un peu seul

 

C'est alors qu'il faudra bien renaître

à la jouissance de l'aube

à la puissance du temps

renaître à chaque saison

en écoutant les rythmes lents des amours

dont on dit qu’ils s’avèrent aujourd’hui impossibles

lorsque chaque jour construit les murs d’une maison

que l’on voudrait enfin nôtre

 


Si nous avions perdu toute la mémoire de la réalité

de l'horreur

quand les saints plient le doigt le soir

de l'horizon bouché

et murmurent dans le plissement de leurs yeux pleins

 

 viens

 

viens

 

viens

 

 

 

 

fin

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Published by Jean-M. Platier - dans Un poème pour la nuit
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commentaires

hamlat 22/07/2011 02:03



Quel beau final !



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